
L'épidémie actuelle d'Ebola, tout comme celle du hantavirus, constitue un avertissement. Et nous devons le prendre au sérieux.
Les épidémies ont toujours existé. Mais leur rapidité et leur ampleur se sont intensifiées, amplifiées par les contextes actuels et persistants de conflits, de déplacements de population et de changement climatique. Ces récentes épidémies successives ne font que renforcer cette réalité.
L’Organisation mondiale de la santé a déclaré l’épidémie d’Ebola en RDC comme une urgence de santé publique, le nombre de morts dépassant de loin les 100 personnes et augmentant rapidement. C’est une terrifiante réalité pour la région et les communautés aux prises avec une maladie pour laquelle il n’existe aucun vaccin approuvé.
Sur un bateau de croisière transportant des passagers de plus de 20 pays, une épidémie de hantavirus a montré comment un seul virus peut toucher des personnes à travers le monde avant que quiconque ne donne l’alerte. Trois personnes sont décédées et un cas a été confirmé au Canada.
Les expert.e.s ne considèrent pas que ces épidémies risquent de prendre des proportions pandémiques, mais au cœur de tout cela se trouvent les personnes derrière les chiffres : des vies perdues non pas parce que nous n’en avons pas les moyens, mais parce que nous n’étions pas prêt.e.s. Et nous n’étions pas prêts parce que nous n’avions pas la volonté politique d’investir dans la préparation à la mesure nécessaire.
Le financement mondial de la préparation aux pandémies prend une mauvaise direction. Les principaux donateurs – dont le Canada – réduisent leurs contributions, laissant des lacunes dans le développement des vaccins et les systèmes d’intervention.
Le Canada doit changer de cap : il faut abandonner les coupes dans l’aide internationale et investir dans la préparation aux pandémies. Le Canada doit considérer la santé mondiale comme une question de sécurité nationale, car les maladies ne tiennent pas compte des frontières.
Nous avons déjà vu ce qui se passe lorsque le monde n’est pas prêt à faire face à un virus qui se propage rapidement.
La COVID-19 n’a pas seulement bouleversé nos vies, elle a remodelé le monde. Elle a coûté la vie à 15 millions de personnes et fait perdre 13 800 milliards de dollars à l’économie mondiale. Et voici ce qu’il est le plus difficile d’ignorer : : on estime que 8 millions de ces décès auraient pu être évités si nous avions été prêts à mettre au point des vaccins dans les 100 jours suivant l’apparition de l’épidémie..
C’est là toute la différence que fait la préparation.
La science permettant d’agir plus rapidement existe. Ce qui manque, ce sont les investissements et la volonté politique pour y parvenir.
Et la prochaine pandémie n’attendra pas que nous soyons prêt.e.s.
Le Canada a tout ce qu’il faut pour être un leader dans ce domaine.
Nous disposons de scientifiques de premier plan, d’instituts de recherche solides et d’une capacité croissante de fabrication de vaccins (consultez notre carte des innovateurs.rices canadien.ne.s en santé mondiale pour vous en rendre compte par vous-même). Nous avons également une influence sur la scène internationale, notamment au sein du G7.
Mais au lieu de prendre les devants, le Canada suit la même voie que les autres : il réduit ses investissements dans la santé mondiale et la recherche, tout en réorientant ses dépenses vers la défense traditionnelle.
Cela peut sembler renforcer la sécurité, mais c'est passer à côté de l'essentiel.
Les pandémies constituent l’une des plus grandes menaces pour la sécurité mondiale. Réduire les investissements dans la science ne nous rend pas plus en sécurité, cela nous rend au contraire plus vulnérables.
Les virus ne s’arrêtent pas aux frontières. Les dépenses militaires ne peuvent pas les contenir.
Les vaccins, eux, le peuvent.
Depuis 1974, les vaccins ont sauvé environ 154 millions de vies, dont 146 millions d’enfants de moins de cinq ans. C’est l’un des meilleurs retours sur investissement que nous ayons jamais connus.
Il ne s’agit pas seulement de santé mondiale. Il s’agit de protéger les populations, les économies et la stabilité — ici au Canada et partout dans le monde.
La bonne nouvelle, c’est que nous ne partons pas de zéro.
La Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI) a été créée en 2017 dans ce but précis : accélérer le développement de vaccins contre les maladies émergentes.
Lorsque la COVID-19 a frappé, la CEPI a aidé à coordonner la distribution de près de 2 milliards de doses de vaccins dans 146 pays et a contribué à sauver plus de 2,7 millions de vies.
Elle passe maintenant à l’étape suivante.
La nouvelle stratégie de la CEPI, CEPI 3.0, s’articule autour de la Mission des 100 jours: veiller à ce que les vaccins soient prêts dans les 100 jours suivant l’identification d’une nouvelle menace.
Pas des années. Pas « aussi vite que possible ». Cent jours.
La sécurité est au cœur de chaque aspect de la Mission des 100 jours. Il ne s’agit pas d’un plan visant à prendre des raccourcis. Il s’agit plutôt de se préparer sur le plan réglementaire, de mener à bien les recherches et de collecter des données sur un vaccin bien avant l’apparition d’une nouvelle épidémie. Le travail commence bien avant qu’une épidémie ne soit identifiée, ce qui signifie que nous disposons déjà d’une longueur d’avance considérable en matière de technologie vaccinale lorsque le compte à rebours des 100 jours commence.
C’est ambitieux, mais c’est réalisable. Et c'est déjà en cours.
À ce jour, la CEPI a soutenu plus de 50 candidats-vaccins, contribué au développement des tout premiers vaccins contre des maladies telles que Lassa et Nipah, et financé le premier vaccin contre le chikungunya à avoir été homologué au monde.
La CEPI 3.0 ira plus loin : elle ciblera les maladies les plus susceptibles de provoquer la prochaine pandémie, accélérera la mise au point de plateformes vaccinales et développera la production afin que les pays n'aient pas à attendre.
Tout cela coûte 2,5 milliards de dollars sur cinq ans. C'est bien loin des 700 milliards de dollars par an que les pandémies coûteront au monde si nous ne sommes pas préparés.
C'est là que le Canada entre en jeu.
Le Canada est depuis longtemps un champion de la santé mondiale. Le moment est venu de réaffirmer cet engagement en :
À l’heure où d’autres prennent du recul, c’est l’occasion pour le Canada de prendre les devants.
La prochaine pandémie n'est pas une hypothèse lointaine. C'est une certitude.
Nous pouvons agir dès maintenant, tant que nous en avons le temps, et mettre en place un système qui réagit plus rapidement, sauve davantage de vies et empêche les crises de dégénérer.
Ou bien nous pouvons attendre et faire face à nouveau aux mêmes conséquences.
La science est là. Le plan est là.
Il s’agit maintenant de savoir si nous choisissons d’agir.
Faites le choix, Canada.
