
« Solidarité dans la souveraineté en Afrique » est un appel à l'action lancé à la communauté internationale pour qu'elle soutienne les nations africaines en respectant et en défendant leur souveraineté, tout en reconnaissant que l'assistance internationale reste essentielle pour permettre aux pays à faible revenu d'investir les ressources nécessaires pour combler les écarts d'équité et éradiquer la pauvreté. Pour être efficace, ce soutien doit défendre les priorités, les décisions et les solutions proposées par l'Afrique, répondre aux besoins et aux contextes locaux, et reconnaître le leadership africain comme un élément central du progrès mondial commun. Dans la quatrième édition de notre série pour le Mois de l’histoire des Noir.e.s , nous avons eu l'honneur de nous entretenir avec Dygrace Lukwesa, une agente de santé communautaire en Zambie que nous avions également interviewée l'année dernière pour notre rapport sur le rôle des agent.e.s de santé communautaires dans la lutte mondiale contre la malnutrition.
Je m'appelle Dygrace Lukwesa et je suis devenue agente de santé communautaire en 2018. Je vis et travaille en Zambie, plus précisément dans le district de Nchelenge, dans la province de Luapula. En tant qu'agente de santé communautaire, une grande partie de mon travail consiste à promouvoir la santé, à prévenir les maladies et à faciliter l'accès aux soins de santé primaires.
Nous sommes formé.e.s dans presque tous les services des établissements de santé pour dispenser des soins de santé primaires, de l'enregistrement des patients à l'assistance à l'accouchement sous la supervision d'une sage-femme ! Mais je dirais que 80 % de notre travail se fait dans les communautés elles-mêmes, où nous supervisons les postes de santé locaux ou effectuons des visites à domicile. Je fais du porte-à-porte pour partager des informations, effectuer des tests, prescrire des traitements pour des cas mineurs de paludisme ou d’infections urinaires, et fournir des médicaments, c'est-à-dire essentiellement pour fournir des services de santé de première ligne.
Par exemple, je suis spécialement formée au conseil et au dépistage du VIH, mais je m'occupe également de la prévention, du diagnostic et du traitement de la malnutrition et du paludisme. Je collecte également des données et les transmets. Lorsqu'une situation nécessite une prise en charge plus poussée, j'oriente le patient vers un établissement de santé et l'encourage à se faire soigner. S'il a besoin d'un peu d'aide supplémentaire, je l'accompagne à l'établissement et m'assure qu'il est pris en charge.
Ma propre situation en est un exemple concret ! Mon contrat était financé par l'USAID et a pris fin en janvier dernier, il y a un an. Depuis, rien n'est plus comme avant. Bien que je travaille encore quelques jours par semaine, je dois me consacrer à d'autres activités qui aideront ma famille et moi-même à joindre les deux bouts. Je ne peux plus travailler comme lorsque j'étais rémunérée.
Au-delà des agent.e.s de santé communautaires, d'autres professionnel.le.s de la santé ont été touché.e.s, tout comme la survie de nos communautés. Comme les agent.e.s comme moi ne peuvent plus gérer les cas au sein des communautés et qu'ils ne sont plus présents en permanence dans les dispensaires locaux, les grands établissements de santé sont saturés. Le personnel ne parvient pas à suivre le rythme, malgré les efforts du gouvernement pour embaucher davantage de personnes. Et comme le gouvernement ne peut pas offrir beaucoup de postes, il devient très difficile de trouver un emploi rémunéré, même pour un.e agent.e de santé communautaire ayant suivi une formation professionnelle.
Bien sûr, j'aimerais beaucoup être rémunérée un jour. Ce serait motivant d'obtenir un soutien pour mon travail !
Mais ce n'est pas pour cela que je suis devenue agente de santé communautaire. J'ai été inspirée par une infirmière que j'ai rencontrée lorsque j'étais hospitalisée, en raison de la façon dont elle m'a traitée. Elle avait hâte de me voir guérie. À l'époque, je travaillais comme secrétaire, après avoir suivi une formation en informatique. Mais j'ai été tellement touchée par la façon dont elle m'a traitée, m'a aidée et m'a souhaité bonne chance jusqu'à ce que je guérisse, que j'ai décidé de devenir moi aussi agente de santé.
Le même établissement offrait la possibilité de suivre une formation d'agent.e de santé communautaire. L'accord était qu'ils recommanderaient votre candidature à condition que vous reveniez travailler dans la même communauté après l'obtention de votre diplôme. Et j'ai adoré cette idée. Je suis donc allée à l'école !
Le fait de savoir que je peux désormais aider quelqu'un à retrouver la santé, et que je l'ai déjà fait à plusieurs reprises, me rend heureuse. Les aider à se rétablir me rend heureuse. Et savoir que je peux les inspirer comme cette infirmière m'a inspirée me donne la force de continuer, que je sois rémunérée ou non.
C'est une façon de collaborer avec d'autres pays indépendants afin d'œuvrer ensemble vers un même objectif : dans notre cas, la mise en place d'un système de santé solide pour tous. Nous pouvons nous apporter mutuellement le soutien dont nous avons besoin et apprendre les uns des autres. Nous faisons peut-être un travail similaire, mais nous sommes confrontés à des défis différents ou nous les relevons différemment. L'échange de nos connaissances et la collaboration amélioreraient notre travail et nous motiveraient tous.
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